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Lancement de Mars-1 le 1er novembre 1962

Par Christian Lardier (IFHE)

En 1962, les Etats-Unis lancent les sondes Mariner-1 et Mariner-2 vers Vénus. L’URSS, pour sa part échoue dans trois lancements de sondes 2MV vers Vénus. Cependant, l’URSS va encore marqué un point en lançant la première sonde vers Mars.

Le décret sur la création des sondes interplanétaires date du 10 décembre 1959 (fusée 8K78, sonde lunaire E-6, sonde vénusienne 1V et sonde martienne 1M). En 1960, Korolev déve-loppe les engins et le 4 juin, un décret demande les lancements :

-8K78 : août-septembre 1960

-objet 1M : septembre-octobre 1960

-E-6 : fin année 1960

-objet 1V : janvier 1961

Parallèlement, un centre des liaisons cosmiques lointaines (TsDKS) est construite à Evpatoria en Crimée entre mars et septembre 1960 (NIP-16). L’objet MV du CKB-567 comprend trois antennes ADU-1000 (une émettrice située à 10 km des deux réceptrices). Chacune consiste en huit antennes paraboliques de 16 m de diamètre montées sur un dispositif de rotation dérivé des tourelles d’un navire de guerre. C’est le complexe Pluton. Le centre porte d’abord le nom de 85e RTsDS, puis en novembre 1961, devient le 98e ONIPDS. Il est exploité par l’unité n°34436.

La commission d’état pour l’objet 1M est formée le 9 septembre. Elle comprend :

-K.N.Roudnev (1911-1980) : ministre de l’industrie de Défense en 1958/61

-M.V.Keldysh (1911-1978) : vice-président de l’Académie des sciences en 1960/61

-S.P.Korolev (1906-1966) : directeur de l’OKB-1, directeur technique

-A.G.Mrykine (1905-1972) : 1er adjoint du GURVO en 1960/65

-F.A.Agaltsov (1900-1980) : adjoint de l’Armée de l’air pour la préparation militaire en 1960/62

-V.A.Ambartsoumian (1908-1996) : directeur de l’observatoire de Biurakan, académicien, président de l’Académie d’Arménie, membre du présidium de l’Académie de Russie

-A.V.Beloussov (1922-1996) : chef du SKB-567 en 1960/63

-K.D.Bouchouyev (1914-1978) : adjoint de l’OKB-1

-I.T.Boulitchev (1897-1999) : adjoint de l’Etat-major pour les liaisons

-A.G.Golovko (1906-1962) : 1er adjoint de la Marine en 1956/62

-K.V.Gertchik      (1918-2001)      :    directeur      de Baïkonour en 1958/60

-A.You.Ichlinsky (1913-2003) : adjoint du NII-944 en 1955/64

-G.N.Pachkov (1909-1993) : adjoint de la VPK en 1958/70

-L.A.Grichine (1920-1960) : adjoint du ministère de l’industrie de Défense en 1958/60

-A.I.Sokolov (1910-1976) : chef du NII-4 en 1955/70

-K.A.Kerimov (1917-2003) : chef de la direction spatiale du GURVO en 1960/65

-A.I.Chokine (1909-1988) : 1er adjoint du ministre de l’industrie radioélectronique en 1958/60 modification le 7 août 1962 :

-G.A.Tiouline (1914-1990), adjoint du ministère de l’industrie de Défense, remplace Roudnev

-A.G.Karas (1918-1979), chef du KIK en 1959/65

-S.I.Roudenko (1904-1990), 1er ajoint de l’Armée de l’air en 1958/68, remplace Agaltsov

-V.A.Fokine (1906-1964), 1er adjoint de la Marine en 1962/64, remplace Golovko,

-A.G.Zakharov (1921-2010), directeur de Baïkonour en 1961/65, remplace Gertchik

-G.P.Glazkov (1911-1993), adjoint du ministre de l’industrie radioélectronique en 1961/64, remplace Chokine

Les deux premières sondes martiennes 1M ont été lancées les 10 et 14 octobre 1960, mais le 4e étage n’a pas fonctionné et elles sont restées en orbite terrestre. Puis en février 1961, les deux IV sont lancées : l’une reste en orbite terrestre et l’autre devient Venera-1.

De février à juillet 1961, Korolev développe la sonde 2MV en quatre variantes :

-2MV-1 pour se poser sur Vénus

-2MV-2 pour survoler Vénus

-2MV-3 pour se poser sur Mars

-2MV-4 pour survoler Mars

Schéma Mars-1 (2MV-4 n°2) © A. Chliadinsky – T. Varfolomeiev

Ils sont dotés d’un moteur de manœuvre S5-19 (11D414/KDU-414) de 200 kg de poussée développé par A.M.Isaiev en 1958-1960.

Le 2 novembre 1961, D.F.Oustinov informe le Comité  Central que trois sondes seront lancées en juillet-septembre vers Vénus et trois autres vers Mars en octobre-novembre.

Le 11 août 1962, il est décidé de lancer deux 2MV-1  et  un  2MV-2 entre le 15 août et le 11 septembre. Ils pèsent 1100 kg et la capsule 370 kg. Cependant, les trois tirs sont des échecs : deux à cause du 4èmeétage et le dernier à cause du 3ème étage du lanceur.

Le 6 octobre, il est décidé de lancer deux 2MV-4  et  un  2MV-3 entre le 25 octobre et le 5 novembre.

Ils pèsent 900 kg et la capsule 250 kg. Le premier tir intervient le 24 octobre, mais le sonde 2MV-4  n°1  (survol) reste en orbite terrestre. Le second tir a lieu le 1er novembre : c’est le succès ! La sonde 2MV-4 n°2 (survol) devient Mars-1 (893,5 kg).

Sonde Mars-1

Pendant son vol, la sonde a étudié la magnétosphère, le flux des particules du vent solaire et le flux météoritique. Pour l’étude de Mars, elle dis-posait d’un dispositif de phototélévision, d’un spectroréflectomètre pour déceler les cellules organiques et d’un spectrographe pour détecter l’ozone dans l’atmosphère. Le 21 mars, une panne du système d’orientation cause la perte de la sonde : une valve du système d’alimentation en gaz des micromoteurs provoque la fuite des réserves d’azote. Néanmoins elle a parfaitement fonctionné pendant 140 jours (61 séances radio) et établi un nouveau record pour les liaisons radio : 106 millions de km. Le 19 juin 1963, elle survole la planète rouge d’une distance de 193.000 km. Le 4 novembre, la troisième sonde 2MV-3 n°1 (capsule) est lancée, mais elle reste en orbite terrestre.

Au total, sur dix lancements en 1960 et 1962, seulement deux ont réussi : Venera-1 a fonctionné pendant cinq jours et Mars-1 pendant 140 jours. Le 31 janvier 1963, il est décidé de lancer deux ou trois sondes en 1963 pour mettre au point les technologies qui seront utilisées lors des prochaines fenêtres planétaires de 1964. Une ou deux d’entre elles devront être sur une trajectoire amenant la capsule à revenir sur Terre à la seconde vitesse cosmique et une autre devra aller à très longue distance pour tes-ter les liaisons jusqu’à 200-300 millions de km.

Korolev développe alors les sondes 3MV. La série est identique aux 2MV :

-3MV-1 pour se poser sur Vénus

-3MV-2 pour survoler Vénus

-3MV-3 pour se poser sur Mars

-3MV-4 pour survoler Mars

Le 21 mars 1963, il est décidé de faire 2-3 tirs de Zond en 1963 et six tirs de 3MV en 1964.

Le  31  octobre 1963, le premier prototype est finalement prêt et son lancement est fixé avant le 19 novembre. Il est doté d’une capsule de 270 kg. Il doit être lancé sur une trajectoire allant à 12-16.000 km de la Terre qui le fait revenir au terme d’un vol de six mois. Le 3MV-1A n°1 est finalement lancé le 11 novembre, mais c’est à nouveau l’échec du 4ème étage et il devient Cosmos-21.

Le 2 mars 1964, il est décidé de lancer deux sondes pour se poser sur Vénus entre le 25 et le 31 mars. D’un poids de 950 kg, elle sont dotées d’une capsule de 285 kg. La première 3MV-1 n°5 est lancée le 27 mars, mais c’est à nouveau l’échec du 4e étage et il devient Cosmos-27. Le 2 avril, la seconde, 3MV-1 n°4, est lancée avec suc-cès et devient Zond-1. Mais les liaisons sont perdues le 25 mai.

Ensuite, il était prévu de lancer quatre sondes vers Mars en novembre dont deux en variante capsule et deux en variante de survol. Mais le programme a pris du retard. Le 28 novembre 1964, il est décidé que le premier tir aura lieu en novembre-décembre. La sonde, normalement destinée au survol, devra faire une correction de trajectoire pour tenter d’atteindre Mars afin d’y déposer un emblème. Puis un ou deux Zond seront lancés au premier semestre 1965 afin d’assurer les lancements vers Vénus en novembre 1965.

Finalement, le lancement intervient le 30 novembre. C’est le succès ! La sonde 3MV-4 n°2 devient Zond-2. Mais un des deux panneaux solaires ne se déploie pas et le programmateur de bord tombe en panne. Malgré cela, les liaisons sont maintenues pendant un mois au cours duquel six moteurs plasmiques sont testés à deux reprises les 8 et 18 décembre. La sonde passe muette à 1500 km de Mars le 6 août 1965.

Le dernier Zond qui devait être lancé au premier semestre 1965 est finalement lancé le 18 juillet en dehors de toute fenêtre planétaire. Le tir réussi et la 3MV-4 n°3 devient Zond-3. Elle effectue un survol de la Lune à 9220 km et prend des photos de sa face cachée. Les liaisons sont maintenues pendant 7,5 mois jusqu’à une distance record de 153 millions de km.

La voie est ouverte pour les Venera-2 et 3 de novembre 1965.

Article paru dans la revue Espace & Temps n°9 – Octobre 1962

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